Les souvenirs de Jean-Claude Bourgeon

Ma rencontre avec Théodore Monod

En 1969, la mission Blaka de Maximilien Bruggmann m’a fait découvrir les ruines du ksar de Djado. Très impressionné, je les ai parcourues en tous sens et me suis posé beaucoup de questions sur leur histoire. De retour en France, Maximilien m’a présenté le professeur Henri-Jean Hugot, parrain de la mission. J’ai appris que, mis à part quelques datations sur les bois subsistant dans le mortier d’argile, nous connaissions peu de choses. Henri m’a alors adressé au professeur Théodore Monod, qui peut être en savait plus.

En 1970, je rencontrai Théodore Monod dans son bureau du Muséum National d’histoire naturelle. Au centre d’un océan de papiers et de livres, j’ai découvert un homme vif et concentré, très affable mais toujours un peu lointain. Il m’en a dit un peu plus sur le ksar, mais pas assez pour lever le mystère. Comme j’étais prêt à travailler sur le terrain, il m’a demandé de dresser un plan des ruines, ce qui n’existait pas encore à l’époque, et de le tenir informé.

Ainsi a commencé ce que je ne peux appeler une collaboration car je ne suis pas un homme de science, mais bien plutôt une complicité d’hommes de terrain, qui n’a jamais failli. Aujourd’hui encore, longtemps après sa mort, Théodore Monod reste pour moi une ultime référence de la connaissance pratique de la vie au désert et aussi une ultime référence pour la profondeur de sa pensée, jusqu’aux racines, dans la plus pure et dépouillée simplicité.

Nous avons voyagé ensemble, nous comprenant souvent sans rien dire. J’ai admiré ses connaissances scientifiques mais surtout sa capacité d’immersion dans le désert et son courage. Ce grand homme, connu pour sa science et ses aventures au désert, a intéressé les médias, qui se sont emparées du personnage jusqu’à la recherche un peu stérile de la « météorite perdue ». Mais pour moi, sous son érudition et sa science, Théodore Monod fut un grand penseur du monde de la nature et de celui des hommes.

En voyage, il semblait peu s’intéresser aux gens du pays et, pourtant, ce qu’il écrivait était d’une grande humanité, troublant de vérité. Je crois qu’il en savait trop pour ne pas garder, sur le terrain, une certaine distance.

Pour moi, Théodore Monod est toujours vivant. Il est un grand homme que j’admire. Comme les nomades, il a marché pas à pas sur le sol du désert en regardant le chemin loin devant lui. Il a réuni la belle souffrance du voyage, dans sa chair, et la magie spirituelle des grands espaces, dans sa pensée.

Le moment n’est-il pas venu de lire ou relire ses livres de voyage, mais aussi et peut-être surtout ses livres sur l’homme et le monde. Quelles magnifiques leçons de vie et de respect ! Quelle vision rare et précieuse pour l’avenir !

Jean Claude Bourgeon, Civade, le 18 novembre 2020

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